Pouvoir de légaliser les paris sportifs accordé aux États américains : répercussions sur le Canada

22 mai 2018
Par Jeremy Luke, Directeur principal, Intégrité du sport

Lundi dernier, la Cour suprême des États-Unis a rendu un jugement historique, en vertu duquel les États auront le pouvoir de légaliser les paris sportifs. Cette décision aura une incidence sur l’industrie du jeu, qui vaut plusieurs milliards de dollars. Elle grossira les revenus des États et mettra à la portée de tous une activité jusque-là menée dans l’ombre. Mais au-delà de son effet sur les parieurs, elle aura de nombreuses répercussions sur le monde du sport et ses intervenants, tant aux États-Unis qu’au Canada.  

Peut-être connaissez-vous l’univers des paris sportifs. Peut-être vous est-il étranger. Peut-être savez-vous qu’au Canada, les paris légaux sont de ressort provincial, et qu’une mise doit porter sur plus d’une proposition (ex. : Proline). Or, ce qu’il faut surtout noter, c’est que les paris légaux ne représentent qu’une infime fraction des sommes totales misées par les Canadiens en ligne ou autrement, sommes qui devraient augmenter à la suite des changements annoncés aux États-Unis, peu importe nos lois en la matière. L’industrie des paris sportifs clandestins est florissante au pays. 

En quoi ça vous concerne? Il y a des montants importants en jeu, ce qui attire forcément des individus sans scrupules qui tentent d’influencer les résultats à leur avantage. Pour que certains puissent empocher des gains illégitimes, des équipes et des athlètes peuvent ainsi être soudoyés ou, pire, forcés de tricher. Portant souvent l’empreinte du crime organisé, la manipulation de matchs est monnaie courante partout dans le monde. Et malheureusement, le Canada n’est pas à l’abri.

Peut-être croyez-vous que la manipulation de matchs et les paris sportifs ne sont pas des enjeux assez importants pour qu’on s’y attarde. Peut-être jugez-vous au contraire que le problème est trop gros, trop complexe ou trop éloigné de votre expérience sportive pour que vous vous en mêliez. Peut-être estimez-vous l’affaire sans issue. Ou peut-être savez-vous que le Canada accuse du retard en la matière, certains pays, sports et organismes internationaux déployant déjà des efforts considérables pour lutter contre ce fléau. 

En Australie, la législation sur les paris sportifs prohibe la manipulation de matchs et exige des organismes sportifs qu’ils disposent d’une unité de l’intégrité mandatée pour protéger les athlètes touchées par ces enjeux. Avec l’aval de 28 de ses pays membres, le Conseil de l’Europe a adopté une convention interdisant cette pratique; le gouvernement du Canada pourrait l’appuyer s’il le désire. Le Comité international olympique a en outre établi des règles en ce sens, et de grandes fédérations sportives internationales, comme celles de tennis et de cricket, lui ont emboîté le pas. 

Au Canada? À ce jour, aucune loi ne criminalise la manipulation de matchs, si bien que les organismes d’application des lois ne s’y attardent guère. Par conséquent, le crime organisé a le champ libre et les organismes sportifs continuent de perdre des revenus potentiels. Des politiques sportives nationales prohibant la manipulation de matchs sensibiliseraient les athlètes tout en leur donnant des mécanismes d’identification.

Nous sommes en présence de phénomènes mondiaux. Travaillant pour préserver l’intégrité du sport, nous savons que les paris sportifs la menacent sérieusement, et peuvent même compromettre la sécurité des athlètes. Bref, le Canada ne peut traiter cette question à la légère. 

Le CCES a reconnu qu’il y a un problème et prend des mesures pour protéger le sport. En octobre 2018, nous présenterons avec McLaren Global Sport Solutions un symposium intitulé « Symposium 2018 sur la manipulation de matchs et les paris sportifs ». Au programme : les paris sportifs et la manipulation de matchs, leur gestion par la communauté sportive internationale et les mesures que le Canada doit adopter. Parmi les conférenciers figureront Richard McLaren, professeur de droit et membre de la commission indépendante de l’Agence mondiale antidopage qui a enquêté sur les allégations de dopage financé par l’État en Russie, et Declan Hill, journaliste et expert international sur la manipulation de matchs et la corruption sportive.

Pour plus d’information sur le symposium, veuillez communiquer avec Julie Vallon, Gestionnaire des services du sport à jvallon@cces.ca.